Lorsqu’une personne se fait contrôler, la vérification d’identité peut durer jusqu’à 4 heures sans qu’il y ait placement en garde-à-vue.
Pour les sans-papiers, la garde-à-vue commence, en général, dès que les flics constatent que la personne n’a pas de papiers, c’est-à-dire dès le début de l’interpellation.
En garde-à-vue, vous n’êtes pas obligé de répondre aux questions des flics, ni de signer le procès-verbal. En général, les interpellés donnent un nom, un prénom, une date et un lieu de naissance, une adresse. Si vous habitez avec d’autres personnes qui n’ont pas de papiers, mieux vaut ne pas donner votre vraie adresse.
L’heure du début de la garde-à-vue est importante car les flics doivent respecter certains délais :
Si ces délais ne sont pas respectés, cela constitue des vices de procédures (voir chapitre sur le JLD, « 35bis », chapitre 4), qui peuvent être retenus par le juge du 35bis et donc entraîner la libération du retenu.
Il faut être attentif à tout ce qu’il y a d’écrit dans les procès verbaux : lieu d’arrestation, horaire, etc. La moindre erreur peut permettre à l’avocat de soulever des vices de procédure. Si vous apercevez une erreur de procédure qui pourra vous servir au tribunal, il ne faut pas le dire aux flics : ils pourraient la corriger.
Attention, si la personne est libérée après la garde-à-vue, l’arrêté d’expulsion [1] reste valable. Seul le tribunal administratif peut l’annuler.
Lorsqu’un sans-papier est en garde à vue, la préfecture peut délivrer un APRF ou une OQTF (ce que l’État nomme « mesures d’éloignement »).
L’Arrêté Préfectoral de Reconduite à la Frontière
L’APRF ne peut être donné qu’à la suite d’un contrôle d’identité sur la voie publique ou d’une démarche administrative à la préfecture (jamais par courrier d’après la loi de décembre 2006).
L’APRF était le plus courant avant le 29 décembre 2006. Depuis, il ne peut être délivré qu’à :
– ceux qui sont rentrés illégalement en France, ou rentrés légalement mais qui sont restés sur le territoire plus d’un mois après expiration de leur visa, sans jamais avoir fait de demande de régularisation,
– ceux qui ont obtenu un titre de séjour temporaire mais n’ont pas demandé son renouvellement et se sont maintenus sur le territoire plus d’un mois après la fin de validité de leur titre de séjour,
– ceux qui sont entrés en France de manière irrégulière et qui ont fait l’objet d’une décision de refus ou de retrait de titre de séjour avant le 29 décembre 2006,
– ceux qui ont eu une OQTF plus d’un an auparavant (depuis la loi de nov. 2007),
– ceux qui ont fait l’objet d’une décision de refus ou de retrait « en raison d’une menace à l’ordre public » ou d’une condamnation pour « contrefaçon, falsification », déclaration de fausse identité ou défaut de titre de séjour.
L’APRF, contrairement à l’OQTF, permet de mettre immédiatement la personne en rétention pour l’expulser. Il est valable 1 an. Au delà de ce délai, la préfecture délivre un nouvel APRF lors de la garde-à-vue.
L’arrêté de reconduite à la frontière ne peut pas être exécuté avant un délai de 48 heures après sa notification (sa communication) qui a lieu à la fin de la garde-à-vue. Vous ne pouvez être expulsé que deux jours après la garde-à-vue.
Pendant ce délai, vous pouvez faire un recours devant le tribunal administratif (TA) pour faire annuler l’APRF. Si vous formulez un recours, vous ne pouvez pas être expulsé avant que le magistrat ait rendu une décision sur votre recours (on dit que ce recours est suspensif ). Si vous êtes placé en rétention, le passage au tribunal administratif se fait en urgence, en général dans les 72 heures.
L’Obligation de Quitter le Territoire Français
Elle a été créée par la loi du 24 juillet 2006 et mise en place par le décret du 23 décembre 2006. L’OQTF remplace l’Invitation à Quitter le Territoire Français (IQTF) et l’Arrêté Préfectoral de Reconduite à la Frontière dans certains cas.
La préfecture ne peut délivrer une OQTF que si vous avez déposé une demande de régularisation et que celle-ci est refusée. L’OQTF doit être délivré en même temps que le refus.
Mais, dans les faits, la préfecture délivre des OQTF lors de la garde-à-vue sans justifier d’un refus de titre de séjour. Cette pratique est illégale et donc contestable au tribunal administratif (voir paragraphe sur le tribunal administratif, chapitre 4).
Légalement, le placement en rétention ne peut intervenir qu’un mois après que l’OQTF ait été délivrée. Durant ce mois, vous pouvez circuler librement, mais vous êtes sensé partir par vos propres moyens. Vous ne pouvez pas être expulsé.
Un recours est possible au tribunal administratif dans ce même délai d’un mois (Voir la partie sur le tribunal administratif ). Pour faire ce recours, il est possible de demander l’aide juridictionnelle (AJ) pour payer l’avocat (voir chapitre 4 sur les tribunaux).
Déposer la demande d’AJ prolonge le délai pour faire le recours administratif. Mais, cela ne prolonge pas le délai durant lequel vous êtes inexpulsable. Une fois la réponse du Bureau d’aide juridictionnelle obtenue, qu’elle soit positive ou négative, un nouveau délai d’un mois s’ouvre pour saisir le tribunal administratif. Il peut donc être intéressant de faire cette demande à la fin du premier délai d’un mois, cela donne plus de temps pour préparer son dossier de recours. Attention, dans tous les cas, vous pouvez être mis en rétention passé le délai d’un mois suivant la délivrance de l’OQTF. Si vous êtes arrêté avant d’avoir déposé le recours au tribunal administratif, il faut que l’avocat ou vous-même s’en occupe le plus rapidement possible dès votre arrivée au centre de rétention. Si vous avez déjà déposé un recours, il sera jugé en urgence dans un délai de 72 heures avec ou sans réponse du Bureau d’AJ.
Cas particulier :
Dans le cas où vous avez fait une demande d’AJ sans avoir fait le recours au TA, si vous passez devant le juge pénal pour refus d’embarquement, il faut insister sur le fait que vous avez une demande d’AJ en cours. Si le juge en tient compte, vous pouvez être libéré, cela arrive fréquemment.
L’OQTF est valable 1 an. Passé ce délai, depuis la loi Hortefeux du 20 novembre 2007, si vous êtes arrêté, la préfecture peut délivrer un APRF lors de votre placement en garde-à-vue.
Si vous avez décidé de ne pas donner votre vraie identité (nom, prénom, origine) et que les flics ont un doute, ils peuvent vous soumettre à interrogatoire au commissariat. Ils peuvent, par exemple, vous menacer de vous envoyer en prison ou vous mettre la pression : refus de donner à manger, interdiction d’aller aux toilettes, refus de donner à boire, insultes racistes, menaces de toutes formes, etc. Ce genre de pressions peut se reproduire au centre de rétention.
Il est possible que vous soyez connu des services de police politique, par exemple si vous faites partie d’un collectif de sans-papiers. Dans ce cas, la préfecture peut s’autoriser un interrogatoire spécial dans ses locaux (à Paris, à la 12e section des renseignements généraux). Les flics posent alors des questions sur vos activités politiques.
Il peut arriver, lorsque des collectifs mettent la pression, que des sans-papiers sortent du commissariat à la fin de la garde-à-vue. La libération d’un sans-papier à la fin de la garde-à-vue dépend aussi des moyens matériels de l’État (par exemple, manque de places en centre de rétention ou dans les commissariats…) et des mystères de la machine administrative.
Dans le même temps que la mobilisation, prendre contact avec l’avocat :
[1] Attention, tout au long du texte, nous utilisons l’expression « arrêté d’expulsion » pour parler de l’Arrêté Préfectoral de Reconduite à la Frontière (APRF) et de l’Obligation de Quitter le Territoire Français (OQTF). Pour l’État, un arrêté d’expulsion est un arrêté particulier qui s’applique pour les étrangers en situation régulière accusés de trouble à l’ordre public ou de menace à la sécurité de l’État.